La barbe !

Comme le Beaujolais nouveau en novembre, il est un rituel bien français, qui démarre tous les ans la troisième semaine du mois d'août : la rentrée littéraire. Une avalanche de titres, plus de 600 encore cette année, qui déboulent dans cette fin d'été et attendent tous reconnaissance, éloge et pourquoi pas récompense aux prix littéraires de l'automne. Ainsi va la vie rythmée par les maisons d'éditions. Mais il y a un évènement tout particulier qui marque ces rentrées littéraires depuis plus de vingt années: la sortie du nouvel Amélie Nothomb.

Fidèle à sa bonne vieille recette qui marche, Amélie Nothomb a donc publié  hier son dernier roman Barbe bleue. Comme tous les ans, j'attendais avec délectation ce nouvel opus, l'ayant même réservé en ligne pour gagner du temps.Comme un enfant le matin de Noël, j'ai donc ouvert ce cadeau avec enthousiasme tant son roman l'an dernier Tuer le père m'avait procuré plaisir, jubilation et hilarité.

Cette année, son attention s'est portée sur les contes de notre enfance en revisitant Barbe Bleue. Une jeune femme Saturnine (ah les prénoms de ses héroïnes ... et en plus belge !) qui enseigne à l'École du Louvre recherche un logement sur Paris. Elle répond à une étrange petite annonce pour une co-location dans un appartement luxueux du VIIè arrondissement. Il appartient à un riche photographe célibataire, descendant de Grand d'Espagne qui y vit comme un reclus mystique entouré de quelques domestiques. Un mystère entoure cet homme et son appartement. Qu'est-il arrivé aux huit co-locataires précédentes qui ont toutes disparues dans d'étranges circonstances. Contre toute attente, elle est choisie parmi les vingt-cinq femmes qui postulaient ce jour là. Elle prend donc possession d'une magnifique chambre et aura accès à toutes les pièces de l'appartement. Toutes ? Non ! car une pièce noire lui est interdite par le maître des lieux sous peine de graves conséquences... Ça ne vous rappelle rien ?

S'en suit un jeu de séduction-répulsion réciproque, arrosé des meilleurs champagnes et accompagné de desserts un peu trop sucrés, jusqu'à un épilogue coup de théâtre qui est le secret de fabrication de cet écrivain.

Le choix de construire une intrigue autour d'un conte pour enfant était certainement séduisant au départ. Mais pourquoi vouloir faire du neuf avec du vieux ? Comment garder en haleine le lecteur alors que l'on connaît a priori la fin ? Pourquoi se mettre une telle contrainte pour faire vivre une intrigue, des personnages et un style. Amélie Nothomb n'est vraiment à l'aise que dans Son monde. Pourtant elle avait su sublimer le huis clos du bourreau et de la victime dans son chef d'oeuvre l'hygiène de l'assassin. Mais là point de sublime. Que diable est-elle allée faire dans cette galère ? Les clins d'oeil culturels, l'humour et les plaisirs de la table sont présents comme à l'accoutumée mais on reste sur sa faim tant l'intrigue et les rebondissements sont minces.

Alors conte ou roman ? A la fin de la journée, j'ai refermé le livre mais le charme était rompu. Quelle barbe !

Commentaires

  1. J'ai adoré lire votre critique! Très belle plume!!

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  2. Bonsoir,
    Je nourrissais le projet de commencer ce blog depuis quelques mois maintenant. A. Nothomb m'a visiblement servi de source d'inspiration. Merci pour vos encouragements...

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